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POURQUOI LA FRANCE MANQUE DE PISCINES PUBLIQUES – pages 4 et 5

CHÈRES CHAIRS HUMAINES... UNE NOUVELLE DE PIERRE ALFERI Page 22.

Mensuel - 28 pages

DANS LES COULISSES D’UNE MACHINE À PUNIR

FMI, les trois lettres les plus détestées du monde

Un voile de mystère entoure le Fonds monétaire international (FMI), dont les règles semblent fluctuer en fonction de motivations politiques : austérité draconienne pour les uns, générosité sans borne pour les autres. Plongée au cœur d’une institution-monde.

UNE ENQUÊTE DE RENAUD LAMBERT

LA porte de l’ascenseur s’ouvre. Deux jeunes femmes en sortent, poursuivant leur conversation dans une langue slave.

Leurs badges indiquent qu’elles sont bulgares, et économistes. La chargée de communication qui nous accompagne, d’origine palestinienne, nous présente à l’historien de l’organisation qui nous accueille, un économiste indien, avant de nous conduire au bureau de la responsable du département stratégie : une économiste au passeport turc. Au cours de notre visite, nous rencontrerons un ressortissant néerlandais, économiste, un Français, économiste lui aussi, ainsi qu’un Japonais qui nous demandera de le prendre en photo devant le logo de l’organisation. Il exerçait la même profession que les précédents (1).

Pour parvenir dans ce petit paradis pour économistes internationaux, au cœur de Washington, la capitale américaine, nous

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ROBIN RHODE. – De la série « Black Friday », 2016

avions marché en suivant des yeux un énorme hélicoptère. Son vrombissement semblait imperceptible à la plupart des passants, de toute évidence habitués à ce genre de ballet. Après avoir longé les pelouses du Lincoln Memorial, l’aéronef s’était posé sur celle de la Maison Blanche. Il nous restait environ un kilomètre à parcourir. Une distance suffisante pour passer devant le département du Trésor, l’Organisation des États américains (OEA), la Réserve fédérale (Fed), le département d’État, la Banque mondiale ainsi que le Musée des victimes du communisme. Trônant au centre de ce concentré de pouvoir, notre destination : un bâtiment massif aux lignes évoquant le courant architectural brutaliste, l’inspiration en moins. Nous venions d’arriver au siège du Fonds monétaire international (FMI).

Créé en même temps que la Banque mondiale à l’issue de la seconde guerre mondiale pour éviter que des déséquilibres économiques internationaux ne déclenchent de nouveaux conflits, le Fonds se voit doté d’une double mission : coordonner les politiques monétaires dans le cadre de la reconstruction ; venir en aide aux capitales en manque soudain de devises par le biais d’une caisse commune à laquelle tous les membres abondent.

(Lire la suite pages 16 et 17.)

(1) L’auteur souhaite remercier Dominique Plihon pour son aide amicale tout au long de cette enquête.

Un président contraint

INTERVENANT peu après la reconduction de M. Emmanuel Macron à l’Élysée, le désaveu est cinglant. Il confirme que sa victoire d’avril dernier fut acquise par défaut. Lors des élections législatives qui ont suivi, M. Macron a en effet perdu sa majorité parlementaire malgré un mode de scrutin qui surreprésente les candidats du pouvoir et en dépit d’un taux de participation particulièrement faible (47 %) qui accroît le poids relatif de son électorat aisé et âgé. Dépité, surpris, M. Macron ne sait pas quoi faire, ni avec qui. Sa stratégie consistait à anesthésier l’électorat en ne s’engageant sur rien de précis. Elle a échoué, et la réalité de son impopularité l’a rattrapé.

On ne peut pas qualifier de « crise » le fait que la composition de l’Assemblée nationale soit devenue plus représentative de la volonté des électeurs. En 2017, elle ne comptait que dixsept membres de La France insoumise (LFI), huit élus d’extrême droite, une écologiste, soit 4,5 % des sièges pour trois partis représentant plus de 40 % des électeurs. Mais tout allait bien alors, paraît-il, puisque M. Macron pouvait gouverner à sa guise… Le président de la République est désormais contraint de composer avec d’autres que son directeur de cabinet. La chose ne devrait gêner que ceux qui espéraient qu’il réformerait les retraites comme il a démantelé le statut des cheminots, « assoupli » le code du travail et durci les conditions d’attribution des allocations-chômage.

Grâce à l’alliance de gauche imaginée par M. Jean-Luc Mélenchon, les forces qui la composent sont désormais mieux représentées à l’Assemblée (LFI quadruple son contingent de députés). Mais la percée du Rassemblement national (RN) est plus spectaculaire encore. La formation de Mme Marine Le Pen décuple le nombre de ses élus, un résultat qui ne récompense

PAR SERGE HALIMI

aucune stratégie inventive, mais traduit la progression continue du nombre de ses électeurs. Scrutin après scrutin, le RN étend son emprise et se banalise. Les élections législatives ne le favorisaient pas jusqu’ici ; cette fois, il double ses suffrages, et bondit en cinq ans de 8,75 % à 17,3 %. Déjà, lors du second tour de l’élection présidentielle, sa candidate avait gagné deux millions et demi de voix.

Le RN n’a nul besoin de réunir des comités d’experts, de disposer d’un programme, de mettre en avant des personnalités qui vont certifier ses compétences. Il lui suffit d’engranger les mécontentements. De la baisse du pouvoir d’achat aux désordres du Stade de France, il ne propose rien, mais tout le sert. Jusqu’à présent, ses chances d’accéder au pouvoir ou même de peser dans les institutions de la République étant nulles, voter pour lui ne semblait pas tirer à conséquence (1). Et l’avoir pour adversaire valait assurance de victoire grâce au « vote barrage » qui se mettrait en place contre lui. Avec son cynisme coutumier, M. Macron en a d’abord profité pour être élu et réélu avec l’appui de la gauche. Puis il a renvoyé dos à dos « les extrêmes » afin d’empêcher la victoire de l’alliance de gauche aux élections législatives.

L’homme qui proclamait en 2016 : « Si nous ne nous ressaisissons pas, dans cinq ans, ou dans dix ans, le Front national sera au pouvoir » réside depuis quelque temps à l’Élysée. Où sera Mme Le Pen dans dix ans ?

(1) Lire « Le Front national verrouille l’ordre social », Le Monde diplomatique, janvier 2016.

N° 820 - 69e année. Juillet 2022

SOIXANTE ANS APRÈS L’INDÉPENDANCE

En Algérie, l’appel du large

Le 5 juillet 1962, la France quittait l’Algérie après plus d’un siècle de domination coloniale. La célébration de cet anniversaire intervient dans un climat social morose. L’émigration clandestine, notamment à destination des côtes espagnoles, s’aggrave quand, dans le même temps, le régime, renforcé par une aisance financière due à la hausse des cours des hydrocarbures, entend empêcher le retour des manifestations populaires de 2019.

PAR NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

LAKHDAR BENCHIBA *

« COMMENT dire à la mer qu’on se noie sur terre. » Écrite dans un arabe châtié sur un mur du quartier d’Aïn Naâdja, à Alger, et reproduite sur une page Facebook intitulée « À travers lahyout » (les murs), la phrase résume un état d’esprit fait d’amertume, de fatigue et de désespérance face à l’avenir. À l’approche du 5 juillet, date du soixantième anniversaire de l’indépendance, les Algériens sont régulièrement confrontés au décompte macabre de ceux qui périssent en cherchant à quitter coûte que coûte leur pays. À la mi-mai, dix-neuf personnes se sont noyées après le naufrage de leur embarcation au large des côtes de Fouka, à cinquante-cinq kilomètres à l’ouest de la capitale (1). Le 4 juin, la mort de deux amis ayant réussi à passer les mailles de la surveillance de l’aéroport Houari-Boumediène d’Alger pour se faufiler dans la soute d’un avion d’Air Algérie a suscité l’émoi général. Les deux jeunes gens se sont filmés, rigolards, à un quart d’heure du décollage de l’appareil. Ils pensaient aller à Barcelone, un trajet de quarante-cinq minutes. Mais l’avion a effectué une rotation bien plus longue, et leurs corps meurtris par le froid et le manque d’oxygène ont été retrouvés à son retour à Alger. Les deux victimes avaient été

inspirées par la réussite miraculeuse d’Aymen, 16 ans, survivant, le 9 mars, d’un voyage clandestin dans la soute d’un avion reliant Constantine à Paris.

« En Algérie, on se noie aussi dans les airs », soupire un universitaire (2) à la retraite qui ne supporte plus l’insidieuse banalisation avec laquelle est traitée la question des départs clandestins et des drames humains qui s’ensuivent. Il a décidé de quitter les réseaux sociaux et de ne plus s’informer, choisissant ainsi, comme nombre de ses pairs, une autre forme d’exil, celle du repli intérieur. « Je ne veux plus avoir mal au cœur, se justifiet-il. Je préfère me noyer dans les livres. »

Certes, la harga, ou le fait de « brûler » la frontière et ses papiers, en essayant de rejoindre les côtes espagnoles ou italiennes de manière clandestine, n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte aux années 1980, époque où la jeunesse rêvait déjà d’un chimérique « babor l’Australie » (« bateau pour l’Australie ») qui l’emmènerait aux antipodes.

(1) «Au moins 19 personnes sont mortes après le naufrage de deux embarcations parties d’Algérie », Info Migrants, 16 mai 2022, www.infomigrants.net

(2) Sauf indication contraire, nos interlocuteurs ont requis l’anonymat.

* Journaliste.

(Lire la suite pages 6 et 7.)

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