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Éditorial

Notre couverture présente une figure de pouvoir nkisi. Kongo / Vili ; république du Congo, Angola mise à l’honneur dans l’exposition Résonance : JeanMichel Basquiat et l’univers kongo à la galerie Gradiva. © MRAC, Tervuren, EO.1967.63.224.

Les regards sur les arts évoluent et aborder les tradi- tions plastiques d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques à l’automne 2022 ne peut se faire sans porter une attention particulière à leur interaction avec la création artistique occidentale, quels que soient les époques et les supports, ni sans en interroger le sens et la portée. Tel est le sentiment qui traverse cette édition de Tribal Art magazine, dont le fil conducteur est celui du questionnement né de la rencontre. Celui-ci prend la forme d’une enquête pleine d’intrigue et de romance dans l’article de Gigi Pezzoli et Renzo Sancisi consacré à un oliphant — ou corne à embouchure latérale si l’on privilégie l’appellation propre à l’organologie musicale —, conservé au Met (New York) et probablement originaire de Sierra Leone bien qu’affichant les symboles de Sigismond Malatesta, le légendaire condottiere et seigneur de Rimini dans la première moitié du XVe siècle, combinés à d’autres motifs dont l’examen minutieux permet de comprendre qu’il s’agit d’un objet hybride, porteur d’une histoire occidentale et d’une autre africaine. Dans l’échange autour de Monnaies et merveilles inclus dans la rubrique « Musée à la Une », la commissaire de l’exposition Bérénice Geoffroy-Schneiter explique comment elle a décidé de convoquer des pièces d’art populaire européen pour nourrir — et surtout élargir ! — la réflexion sur les monnaies traditionnelles d’Afrique, d’Océanie et d’Asie, dont elle célèbre la variété des formes, des matières et des usages. Ce recours à la confrontation aura permis de mettre en avant la complexité et le caractère intime du rapport à la monnaie de tout un chacun. Même dans une exposition cherchant à dégager le « regard de l’intérieur » comme Le langage de la beauté dans l’art africain, présentée dans ces pages par l’un de ses responsables, Constantin Petridis, un temps est réservé à l’analyse des zones de contact. En effet, alors que le propos est de mettre en lumière les critères d’évaluation esthétique des formes d’art local formulés par les créateurs, les commanditaires et les destinataires issus des cultures dans lesquelles ces œuvres ont été créées et utilisées, l’événement s’attarde longuement sur l’appréciation esthétique des arts d’Afrique affichée par les artistes d’avant-garde et sur sa contribution essentielle à l’émergence du mouvement artistique connu comme « primitivisme ». Ce thème ayant déjà fait couler beaucoup d’encre se trouve au cœur du dossier central signé par Bettina von Lintig, qui apporte de nouveaux éclairages en abordant la question depuis la théorie de l’art, soulignant notamment les connexions entre Picasso, les œuvres qu’il découvrit au musée du Trocadéro à l’aube du XXe siècle et la pensée du philosophe de l’art allemand Wilhelm Worringer.

Cet art d’ailleurs incontournable qui se glisse parmi les pratiques artistiques occidentales acquiert un rôle encore plus puissant dans Résonance : Jean-Michel Basquiat et l’univers kongo. Dans cet événement présenté en lien avec le salon Parcours des mondes, et a fortiori dans l’article qui l’annonce, les arts d’Afrique s’érigent en élément d’un tandem de créateurs d’une expérience esthétique et physique proche du happening dont l’autre membre n’est autre que l’œuvre de Jean-Michel Basquiat. Émotions à haut voltage assurées !

Elena Martínez-Jacquet

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