Éditorial
Notre couverture présente une figure de temple représentant le dieu de la guerre Ku-ka’ii-moku. Hawaï. Fin du XVIIIe - début du XIXe siècle. Bois. H. : 128,5 cm. Pris avec la permission du Gouverneur Kuakene sur les murs d’un ancien marae à Kairnna Hawaï ; acquis auprès de la London Missionary Society, 1911. British Museum Oc,LMS.223. © The Trustees of the British Museum.
Nous l ’observons depuis quelques années, la période concernée par nos numéros Hiver (mi-novembre / mi-février) est la plus riche en événements. Après le dynamisme insu é sur le marché en septembre par les salons spécialisés, au premier rang desquels Parcours des mondes — sur lequel nous reve- nons brièvement en images —, mais aussi Tribal Art London et le Tribal Art Fair à Amsterdam, les maisons de vente européennes prennent le relais en novembre, avec un enchaînement trépidant de rendez-vous en salle et en ligne, qui se poursuivront en décembre. Quant aux grands salons généralistes tels que FAB Paris ou BRAFA, à Bruxelles, ils offriront aussi très prochainement aux amateurs d’arts d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques des occasions de choix de se réunir autour de pièces d’exception.
Côté musées, la succession de vernissages d’expositions temporaires — particulièrement intense en Allemagne — parle d’une discipline qui n’en n’a pas fini d’élargir ses contours grâce à un regard critique sans cesse renouvelé et nourri par la pensée
et le vécu, mais aussi par la pratique artistique contemporaine des communautés d’origine concernées par les sujets retenus.
Alors que cette déferlante d’événements suggère ouverture et mouvement, ce numéro se place en quelque sorte sous le signe du pouvoir de l ’immuable, avec trois articles célébrant des recherches basées sur des documents d’archive. En effet, sous la plume d’Annabelle Lacour, le « Portfolio » de ce numéro 114 met à l ’honneur une sélection d’un ensemble de quarante-quatre clichés acquis par le musée du quai Branly - Jacques Chirac, réalisés par le photographe japonais Tamoto Kenzō sur l ’île d’Hokkaidō au cours des années 1870. À la suite de cet article, quatre pages sont consacrées à l ’aventure éditoriale de Virginia-Lee Webb, lauréate du Prix Pierre Moos 2024, qui, accompagnée de Jonathan Fogel, nous parle de la découverte d’un manuscrit inédit de Kathleen Haddon, « jeune femme anglaise en Nouvelle-Guinée ». Enfin, le dossier signé par Bertrand Goy s’appuie sur un examen minutieux de sources textuelles et iconographiques du XIXe siècle grâce auquel il pose des repères quant à l ’évolution de la place réservée aux arts d’Afrique et d’Océanie — et de leurs dispositifs de présentation —, dans les Expositions universelles de Paris.
Immuables en ce sens que fixées sur des supports traversant l ’histoire, ces sources textuelles et photographiques se présentent à nos lecteurs comme autant de fenêtres, pour la plupart encore méconnues, sur des champs de connaissances à approfondir. Ce potentiel narratif que l ’on reconnaît aux archives est revendiqué pour les objets d’art africain dans l ’exposition Narrative Wisdom and African Arts au Saint Louis Art Museum, présentée dans nos pages par Nichole Bridges, commissaire de l ’événement.
Les arts d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques n’en ont pas fini de nous surprendre et de nous inspirer. Dès lors, nous ne pouvions qu’être séduits par l ’hommage qui leur est rendu par Keith Haring, artiste pop par excellence, à travers, notamment, sa série de « masques » de 1987, comme cela est montré dans la vibrante exposition Keith Haring, Techno-Primitive Iconography, présentée à Paris sur deux sites, à la Galerie Enrico Navarra et à la Galerie Gradiva.
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Elena Martínez-Jacquet