CE QUE L'IA INFLIGE AU JOURNALISME page 21
LE MONDE. diplomatique
Mensuel 28 pages
MAIS POURQUOI UN MOUTON ? PAR EVELYNE PIEILLER Page 28.
N° 864 73e année. Mars 2026
DARWIN ESTACIO MARTINEZ Sympathy 2022
À chaque scrutin municipal, les petites villes sont célébrées comme des espaces de proxi- mité, d'horizontalité, de décisions partagées. Mais, derrière la façade rassurante des mai- ries rurales, l'autorité se concentre souvent entre les mains de quelques-uns. Exploration des ressorts discrets du pouvoir communal.
PAR JULIAN MISCHI *
À LA suite du scrutin municipal de 2014, journa- listes et universitaires se sont pressés pour observer de près l'expérience de démocratie locale à l'œuvre à Sail- lans, un bourg de 300 habitants situé au pied du Ver- cors (1). Des habitants, opposés aux élus sortants à pro- pos de l'installation d'un supermarché, avaient constitué une liste citoyenne et remporté le scrutin, en promettant
Chercheur en sociologie l'Institut national de recherche pour l'agri- culture, l'alimentation et 'environnement (Inrae), auteur de l'ouvrage Des élus en campagnes. Luttes municipales dans les bourgs industriels (xxe-xxre siècles), Presses de Sciences Po, Paris, 2025.
une gestion collégiale et participative. Ce laboratoire politique émerge pas n'importe où nous sommes dans le Diois, une partie de la Drôme qui voit, depuis plusieurs décennies, l'arrivée de néoruraux diplômés, fortement impliqués dans la vie associative.
Loin de Paris et du désaveu qui touche les profession- nels de la politique, l'arène municipale est souvent valo- risée comme un lieu d'engagement concret, tout parti- culièrement dans les petites communes, où la proximité apparaît comme un gage de démocratie. Les élus ruraux sont quotidiennement au contact de leurs administrés et bénéficient d'une participation électorale plus élevée que leurs collègues urbains ou que les députés.
Mais les élections municipales constituent égale- ment un premier échelon de la domination politique, où se décide qui est «apte à représenter les autres et où s'apprend l'autorité politique. Cette différenciation sociale de la citoyenneté politique, évidente dans les grandes villes, s'observe aussi dans les plus petites communes.
(Lire la suite pages 14 et 15.)
(1) Maud Dugrand, La Petite République de Saillans. Une expérience de démocratie participative, Éditions du Rouergue, Rodez, 2020.
QUE PEUT FAIRE LA HAVANE FACE À WASHINGTON ?
Cuba, si seule
Après le Venezuela, Cuba. M. Donald Trump poursuit sa politique agressive en Amérique latine. En interdisant à Caracas 'approvisionner La Havane en pétrole, il place le pays communiste, déjà ébranlé par une série de crises rava- geuses, dans une situation économique et sociale intenable. En espérant lui faire mordre la poussière.
PAR Christophe VENTURA
E ST-CE la fin de la révolution cubaine Le président américain Donald Trump et son secrétaire d'État Marco Rubio semblent bien décidés à la faire advenir. En quête d'un nouveau trophée impérial, ils appliquent la méthode tes- tée avec succès contre le Venezuela, l'allié numéro un de La Havane et son premier soutien économique depuis les années 2000. Pour un adversaire des États-Unis en Amérique latine, M. Trump et son administration n'en- visagent qu'un destin la soumission. Mais deux chemins peuvent y conduire. La première voie est celle de la négocia- tion avec un pistolet sur la tempe qui doit aboutir à un accord aux conditions américaines. Si cette pre- mière option s'avère impraticable, la seconde s'impose, comme ce fut fina- lement le cas à Caracas l'utilisation de la force brute. C'est alors M. Trump qui fixe, seul, les règles, donne le tempo et siffle la fin de la partie. Le locataire de la Maison Blanche dispose d'un atout redoutable dans la confrontation son imprévisibilité. À tout moment, il peut changer d'avis et frapper. La mise en scène de son «imperium» est doréna- vant bien huilée, presque ritualisée. M. Trump a pris l'habitude de parta- ger ses humeurs du jour avec quelques journalistes. Une intervention militaire à Cuba « Ce ne serait pas une opération très difficile comme vous pouvez l'ima- giner. Mais je ne pense pas que cela sera nécessaire » (16 février 2026).
Depuis l'enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier, point d'orgue d'une intervention militaire américaine aussi massive qu'illégale, Washington a ordonné à Caracas l'arrêt immédiat de ses livraisons de pétrole à Cuba. Une situation à laquelle ce pays, qui dépend du Venezuela sur le plan énergétique, et qui subit depuis la pandémie de Covid- 19 une sévère crise socio-économique, ne peut faire face. L'administration américaine le sait.
Cuba est ainsi prisonnière d'un piège à double mâchoire. D'un côté, l'achar- nement revanchard d'un empire qui veut laver l'affront que l'île lui a infligé en résistant pendant six décennies, et détruire tout ce qu'elle symbolise (l'in- dépendance, la révolution, le commu- nisme). De l'autre, sa propre incapacité à résoudre, depuis la fin de la guerre froide, les problèmes structurels que soulève son modèle politique et éco- nomique.
(Lire la suite page 7.)
ANATOMIE DUNE DIFFAMATION
Réponse à mes détracteurs
Le ministre des affaires étrangères français, M. Jean-Noël Barrot, persiste, signe et s'enferre la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés doit démissionner.. pour des propos qu elle 'a pas tenus. Mᵐᵉ Francesca Albanese répond dans nos colonnes à la vaste campagne de dénigrement dont elle est victime.
PAR FRANCESCA ALBANESE
D EPUIS plus de deux ans, mon mandat fait l'objet de polémiques soigneusement orchestrées, et d'une virulence croissante. Le 8 février, une députée française a attaqué ma per- sonne sur la base de déclarations tron- quées me faisant dire qu'Israël est l'ennemi commun de l'humanité », alors que mon discours visait les pays qui ont armé Israël, ainsi que les médias et les algorithmes des réseaux sociaux qui ont amplifié le discours génoci- daire (1). Sans prendre soin de vérifier la teneur exacte de mes dires ni exa- miner les faits, le ministre des affaires étrangères français Jean-Noël Barrot s'est aussitôt fait l'écho de ces attaques à l'échelle internationale, condamnant comme « outranciers et coupables des propos que je n'ai jamais tenus et annoncant que la France saisirait le Conseil des droits de l'homme des Nations unies pour appeler à ma démis- sion. Ses homologues italien, allemand et tchèque lui ont emboîté le pas, sans davantage procéder aux vérifications élémentaires qu'exige leur charge. Le 19 février, le premier ministre français Sébastien Lecornu a publiquement repris la même demande.
SOMMAIRE COMPLET EN PAGE 28
États préfèrent s'en prendre à la mes- sagère plutôt que d'essayer de réfuter le message.
Si la critique est inhérente à toute fonction publique, plus encore quand elle touche aux droits humains, cette affaire révèle un aspect troublant l'acharnement avec lequel certains
Le caractère inédit et corrosif de cette attaque contre une experte indépendante désignée par les Nations unies ne tient pas seulement à la violence des accu- sations et à la fabrication délibérée de mensonges. Mais aussi et surtout au fait que le sommet de l'État dirige et assume la manœuvre. Il ne s'agit plus dès lors d'une controverse, mais du symptôme de la faillite d'un système, fait de pro- messes solennelles et de traités interna- tionaux que l'on invoque en temps de paix, mais que l'on enterre dès que leur application dérange.
Nommée par le Conseil des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies (ONU), je suis rapporteuse spé- ciale depuis le 1er mai 2022, et jusqu' 2028. Huitième titulaire de ce mandat et première femme à ce poste j'ai assumé cet engagement bénévole après une carrière consacrée à la défense des droits humains, principalement auprès des Nations unies notamment au Haut-Commissariat aux droits de l'homme et à l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfu- giés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) à Jérusalem et à la recherche universitaire sur la Palestine.
Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires pales- tiniens occupés depuis 1967.
(Lire la suite pages 18 et 19.)
(1)Cf. l'intégralité de ma déclaration au forum d'Al-Jazira (AJ Forum), X (ex- Twitter), février 2026.
DOSSIER ÉLECTIONS MUNICIPALES Maires en campagnes DARWIN ESTACIO MARTINEZ
«UNE GRANDE FRESQUE HISTORIQUE CE QU'IL RESTE DE NOUS UN FILM DE CHERIEN DABIS sundance NomefObs nova MARS CINÉMA