Skip to main content
Read page text

Page Text

G U E R R E S PA R P R O C U R AT I O N E N S Y R I E – page 10

PORTUGAL, PAYS DU DOUX SOLEIL...

PAR JOSÉ LUÍS PEIXOTO Page 7.

N° 711 - 60e année. Juin 2013

5 , 4 0 € - Mensuel - 2 8 p a g e s

DOSSIER : UNE PLANÈTE GRISONNANTE

A quel âge devient-on vieux ?

Alors que M. François Hollande et son gouvernement s’apprêtent à durcir encore le régime des retraites, les commentateurs mettent une nouvelle fois en scène la guerre des âges : les vieux vivraient grassement aux dépens des jeunes. Ce cliché n’est pas le seul en vogue dès que l’on parle des plus de 60 ans. Revue de détail des idées toutes faites...

PA R J É R ÔME P E L L I S S I E R *

CE n’est pas un hasard si les trois discours dominants sur les personnes âgées sont d’ordre démographique, médical et économique : faute de penser la vieillesse, on se focalise sur le nombre, sur les corps et sur le coût. La difficulté même à trouver le terme adéquat témoigne du malaise : « vieux », par opposition à « jeune », étant presque perçu comme une insulte, le mot est devenu quasiment tabou. Au gré des modes, on parle donc de « personnes âgées », de « seniors », d’« aînés » ou d’« anciens ».

La crainte de la vieillesse et l’obsession économiste conduisent à déformer la réalité : on majore toujours le nombre de ceux que l’on rejette. Ainsi, faisant f i des données, Mme Valérie Pécresse, alors ministre de l’enseignement supérieur, pointait le « fléau du vieillissement » (« Ripostes », France 5, 24 avril 2008). Présentant le plan « Solidarité - grand âge », le 27 juin 2006, M. Philippe Bas, alors ministre délégué aux personnes âgées, parlait de « tsunami démographique ». Et l’actuelle ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Mme Michèle Delaunay, entonne parfois le même refrain : la France compte « plus de personnes âgées que de mineurs (1) », prétend-elle, tandis que Le Monde assure : « Les vieux sont en passe de devenir majoritaires » (21 février 2013). Quelques années auparavant, le démographe Jacques Dupâquier déclarait : « En 2050, [la France] ressemblera beaucoup plus à un hospice qu’à un gymnase-club » (discours à l’Académie des sciences morales et politiques, 8 janvier 2007). Car seuls les jeunes font du sport…

* Ecrivain et docteur en psychogérontologie, auteur notamment des essais Le temps ne fait rien à l’affaire..., Editions de l’Aube, La Tour-d’Aigues, 2012, et La Guerre des âges, Armand Colin, Paris, 2007.

JUAN MARTÍNEZ. – « Sans titre », 1998

La France compte pourtant aujourd’hui davantage de mineurs (environ quatorze millions) que de personnes de plus de 65 ans (environ onze millions). Et trois fois plus de jeunes (30 % de la population a moins de 25 ans) que de vieux (9 % a plus de 75 ans) (2). Dans un avenir prévisible, les plus de 60 ans ou de 65 ans ne seront jamais majoritaires ! En 2060, c’est-à-dire au moment où, conséquence du baby-boom, ils seront temporairement le plus nombreux, la population se répartira globalement en trois tiers, avec une proportion identique de moins de 30 ans, de 30-60 ans et de plus de 60 ans (3). Ce n’est donc ni à un hospice ni à une pouponnière que ressemblera la France de demain, mais à un pays où tous les âges seront également représentés.

(Lire la suite page 13, et notre dossier pages 13 à 20.)

(1) Le Monde, 25 février 2013. (2) Données 2010 de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), celles de 2011 et 2012 étant encore provisoires.

(3) « Projections de population à l’horizon 2060 », Insee Première, n° 1320, Paris, octobre 2010.

LA MACHINE À COUDRE DU MONDE

Au Bangladesh,

les meurtriers du prêt-à-porter

Avant même que l’effondrement des ateliers du Rana Plaza, à Dacca, ne tue plus d’un millier d’ouvriers, d’autres drames avaient mis en lumière les conditions de travail dans les usines de confection bangladaises. Comment le pays en est-il arrivé à une telle situation ?

PAR N O T R E E N V O Y É S P É C I A L

OL I V I E R CYRAN *

VISIBLE à plusieurs centaines de mètres à la ronde, l’étincelante tour de verre qui se dresse en solitaire sur la berge du lac Hatirjheel évoque un greffon de la City de Londres transplanté au cœur d’un gigantesque bidonville. C’est le siège de l’Association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association, BGMEA), l’organisation des employeurs du prêt-à-porter.

Contrairement à l’immeuble du Rana Plaza, qui ne respectait aucune loi en matière de construction et dont l’effondrement, le 24 avril, a entraîné la mort d’au moins mille cent vingt-sept personnes, majoritairement des ouvriers du textile, la tour du BGMEA ne menace pas de s’écrouler. Ce ne serait pourtant que justice : dans un verdict rendu le 19 mars dernier, la Haute Cour du Bangladesh a ordonné la destruction du gratte-ciel patronal dans un délai de trois mois, au motif qu’il a été illégalement bâti sur un terrain public dont l’organisation patronale s’est emparé sans droit ni titre, grâce à la complicité du ministère du commerce. Le BGMEA a fait appel du jugement. Quelle que soit l’issue de la procédure, personne n’imagine que la «tumeurcancéreusedeHatirjheel»,comme l’appellent les magistrats, puisse un jour prochain tomber en poussière.

A l’entrée, le visiteur a droit au salut militaire des agents de sécurité. A Dacca, où le touriste est rare, l’homme blanc se confond souvent avec l’acheteur de prêt-à-porter, négociant de Mango, Benetton ou Hennes & Mauritz (H&M), auquel vigiles et portiers se doivent de marquer leur déférence. L’intéressé s’accommode volontiers de ce statut seigneurial. Sa considération pour l’homme de la rue transparaît dans la brochure DhakaCalling,offerte aux clients des grands hôtels, dans laquelle figure cette sage recommandation : «Neriezpasdesgensquelapauvretéa rendusmalades,nevousmoquezpasd’eux.»

(Lire la suite page 8.)

* Journaliste.

Contre la langue unique

PAR SERGE HALIMI

MARCHÉ UNIQUE, monnaie unique, langue unique ? Les portes et les ponts illustrant les billets européens incarnent déjà la fluidité des échanges entre des commerçants sans ancrage et sans histoire. Faut-il également que les étudiants puissent quitter leur pays sans dictionnaire ? Avec pour seul passeport linguistique un anglais d’aéroport. Utilisable partout, en particulier dans les universités françaises.

Car il paraît que celles-ci restent encore trop «décalées» – comme le reste du pays. Imaginez, on y parle toujours… français ! Mme Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, veut supprimer cet «obstacledu langage». Il découragerait «lesétudiantsdespaysémergents, laCorée,l’Inde,leBrésil»,de venir se former en France.

Vingt-neuf Etats ont pourtant comme langue officielle celle de Molière (cinquante-six celle de Shakespeare). Et le nombre de locuteurs du français ne cesse de croître, en particulier en Afrique. Mais, à en juger par le parcours du combattant qu’elle leur inflige, les étudiants de ce continent ne sont pas ceux que la France veut attirer. Pas assez riches, pas assez susceptibles de payer les (gros) droits d’inscription d’une école de commerce ou d’ingénieurs.

Dans les universités américaines, où la proportion d’étudiants étrangers (3,7 %) demeure très inférieure à celle des établissements français (13 %), nul n’a imaginé combler ce « retard » en enseignant en mandarin ou en portugais. «Si nousn’autorisonspaslescoursenanglais,nousnousretrouverons àcinq àdiscuter deProust autour d’une table», a néanmoins ironisé Mme Fioraso. M. Nicolas Sarkozy préférait afficher son dédain envers les humanités en plaignant les

étudiants condamnés à lire LaPrincessedeClèvesau lieu de faire du droit ou du business.

Votée en 1994, la loi Toubon dispose que «la langue de l’enseignement,desexamensetconcours,ainsiquedesthèses etmémoiresdanslesétablissementspublicsetprivésd’enseignementestlefrançais».Hostiles à cette règle «quidatedu siècle dernier», une poignée d’universitaires prestigieux prétendent que la défense du multilinguisme (encore vivace, ce siècle-ci, dans la plupart des organisations internationales…) dissuaderait les anglophones de venir étudier à Paris (1).

Mais l’«attractivité» d’une langue ne se résume pas à la vente de formations aux pays émergents. Elle s’affirme en échangeant avec d’autres, en pensant le monde, y compris celui qui vient. La France, qui s’est battue pour défendre son cinéma et son exception culturelle, peut-elle accepter qu’un jour la recherche et la science s’expriment uniquement dans l’idiome, d’ailleurs souvent maltraité, de la superpuissance ?

«Aujourd’hui,relève le linguiste Claude Hagège, leparadoxe estquel’américanisation,lapromotiondel’anglaisestpriseen chargepard’autresquelesAméricains.» Mais d’autres que les Français – en particulier en Afrique et au Québec – ont permis au pluralisme linguistique de tenir bon. Leur opiniâtreté mériterait d’inspirer les responsables politiques davantage que le fatalisme totalitaire d’un quarteron d’universitaires.

(1) « Faculté : les cours en anglais sont une chance et une réalité », Le Monde, 8 mai 2013.

★ S O M M A I R E C O M P L E T E N P A G E 2 8

Afrique CFA : 2 400 F CFA, Algérie : 200 DA, Allemagne : 5,50 €, Antilles-Guyane : 5,50 €, Autriche : 5,50 €, Belgique : 5,40 €, Canada : 7,50 $C, Espagne : 5,50 €, Etats-Unis : 7,505 $US, Grande-Bretagne : 4,50 £, Grèce : 5,50 €, Hongrie : 1835 HUF, Irlande : 5,50 €, Italie : 5,50 €, Luxembourg : 5,40 €, Maroc : 30 DH, Pays-Bas : 5,50 €, Portugal (cont.) : 5,50 €, Réunion : 5,50 €, Suisse : 7,80 CHF, TOM : 780 CFP, Tunisie : 5,90 DT.

Skip to main content