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Éditorial

Notre couverture présente un panneau sculpté malu (MoyenSepik, PNG) de l’Übersee Museum de Brême (inv. D.3505) et, en arrière-plan, un dessin du malu conservé au musée du quai Branly-Jacques Chirac, sous le numéro inv. 72.1980.1.1. © photo : Übersee-Museum de Brême, Volker Beinhorn. © dessin : Nicolas Garnier.

La préparation de cette édition Printemps a été marquée par la stupeur : celle de la découverte, sur le site web de l’UNESCO, de la campagne publicitaire internationale « Le vrai prix de l’art » lancée le 20 octobre dernier avec, parmi ses affiches, un magnifique masque de Côte d’Ivoire et dont on peut lire qu’elle « révèle la face cachée du trafic de biens culturels » dans le but « d’attirer l’attention du grand public afin de l’encourager à faire preuve de diligence raison- nable lors de l’achat de biens culturels ». La noblesse de la mission et la légitimité de l’organisation qui la formulait laissaient présager du meilleur. Mais l’espoir fut de courte durée, laissant la place à la déception et au désarroi face au constat que le propos était fondé sur une vision des acteurs du marché de l’art que nous au- rions envie de qualifier purement de diffamatoire et de stigmatisante — et nous pesons nos mots — si elle ne reposait pas sur une démarche discutable qu’Yves-Bernard Debie qualifie de « mensonge délibéré » dans l’article qu’il signe à la fin de ce volume et où il s’attelle à pointer, méthodiquement, les ressorts et les failles de ce raisonnement.

Si nous regrettons profondément de voir une institution aussi nécessaire et prestigieuse que l’UNESCO participer à un tel discrédit, ce qui nous attriste le plus est de constater qu’une fois de plus la méthode pour éveiller les consciences et construire un avenir meilleur est celle de la division et de la dénonciation. Il serait autrement plus inspirant — et certainement plus efficace — de constater la multiplication des campagnes publicitaires de sensibilisation fondées sur des valeurs intégratrices de compréhension, de respect et de partage ! Les précé-

dents ne manquent pourtant pas. Dans notre domaine, l’un des exemples les plus récents est dû précisément à un acteur du marché de l’art. Il s’agit du teaser realisé par la galerie Claes pour présenter l’exposition Ibeji inaugurée, fin janvier, à l’occasion du Winter Bruneaf et de la Brafa in the Galleries. Bien entendu, son intention commerciale n’est en rien comparable avec celui de la campagne de l’UNESCO, mais cela ne lui ôte pas le mérite d’avoir trouvé un ton inclusif et percutant. En effet, cette réalisation audiovisuelle montre qu’avec créativité, sensibilité et générosité il est possible de s’adresser à tous, sans renoncer à aborder les problématiques propres à l’époque et à proposer des stratégies pour les dépasser. C’est ainsi, par exemple, que la capacité de l’art à émouvoir, au-delà de tout ancrage géographique ou temporel, et le besoin d’impliquer les populations d’origine dans la construction du récit sur leur histoire sont évoqués par le recours, pour présenter le culte aux jumeaux donnant lieu à la création de figurines ibeji chez les Yoruba du Nigeria, à une voix off dont la diction suggère une origine yoruba, alors que les images montrent des paysages hivernaux — nullement africains — dans lesquels évoluent des couples de jumeaux en chair et en os de tous âges, couleurs et origines.

Espérons que d’autres initiatives de ce genre nourriront sans tarder notre imaginaire. Dans l’attente, nous continuerons de nous efforcer à alimenter la soif de connaissance et de partage des passionnés d’arts d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques. Ce numéro contient à ce titre une étude de Christian Coiffier sur un sujet totalement inédit — les panneaux sculptés malu de la région du Moyen-Sepik de PapouasieNouvelle-Guinée — dont nos lecteurs sauront apprécier la rigueur et la portée. Ces pages renferment aussi une présentation des dernières nouveautés des salles « Afrique » de l’Art Institute de Chicago, le récit des tribulations d’une statuette bembe (Congo) ayant réintégré récemment les collections nationales françaises et l’évocation du parcours de vie de Karl-Ferdinand Schädler parmi d’autres histoires...

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Elena Martínez-Jacquet

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